Nouveau Projet Artistique, par Madame Danielle GABOU

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A la Maison Simon Bénichou, un projet photographique sensible et singulier se déploie autour du soin, du regard et des liens humains.

Porté par Danielle Gabou, artiste et directrice artistique de la compagnie Sans Sommeil, ce travail met en lumière la dignité, la présence et les gestes du quotidien au sein de l’établissement. Certaines photographies réalisées dans ce cadre pourront être présentées lors d’une exposition au sein de la Maison Simon Bénichou et dans le cadre du Bicentenaire de la photographie, à l’Octroi en avril 2027.

Nous souhaitons également vous partager les raisons qui ont poussé Madame GABOU à créer ce projet et à choisir l’Ehpad Bénichou !

Je veux faire une photographie comme on pose une main sur l’épaule : sans posséder,sans forcer, en restant là. Une photographie qui ne prend pas, mais qui accompagne.

L’exposition n’est alors que la forme visible d’un processus : un temps long de rencontres, d’images et de voix, construit avec les résident·es. Dans un lieu où le quotidien est souvent réglé par les nécessités / les soins, les repas, les attentes, les horaires, les passages, je veux ouvrir une respiration : un temps accordé, un temps qui dit : tu comptes encore. L’Embrasement du monde place les résident·es au centre : visages, gestes, silences, humour, fatigue, souvenirs, attachements. Je travaille la photographie comme une présence et une écoute : pas une image “sur” les personnes, mais une image avec elles et par endroits, une voix, un fragment, un souffle, pour prolonger l’image par l’écoute.

Continuité de démarche : art visuel, culture & santé, lien social

Ce projet s’inscrit, pour moi, dans une continuité. En partenariat avec l’AARS (Village d’insertion de Nancy) et avec le Musée des Beaux-Arts de Nancy autour de l’exposition Pour l’amour de soi, j’ai éprouvé la force d’un geste artistique ancré dans le réel : créer un espace où les personnes peuvent se réapproprier leur image, leur récit, leur place. Ces expériences ont confirmé une conviction : la création artistique peut être une forme de soin au sens large soin du regard, de la parole, du lien et un levier d’autonomie, même lorsque les corps se fragilisent et que les repères vacillent.

Un projet né du terrain : repérage et accueil

Depuis février 2025, je mène un travail de repérage régulier à la Maison Simon Bénichou : je reviens, je rencontre, je prends le temps de comprendre les rythmes du lieu. Dès les premières visites, l’accueil a été très favorable et s’est renforcé au fil des mois. La direction, Madame Séverine Galmiche, soutient l’idée qu’un projet artistique exigeant peut faire circuler autrement les regards, permettre aux personnes de se rencontrer différemment, et donner une forme visible à ce qui se vit sans traces. Je garde l’émotion de ces premières rencontres : un monde dense, fragile, parfois bouleversant. À mesure que je viens, les liens se tissent : un regard qui s’habitue, une main qu’on serre, un prénom qui revient, un silence qui devient une confiance.

Pourquoi la photographie ici à la Maison Simon Bénichou.

En EHPAD, beaucoup de personnes vivent avec des limitations motrices (fauteuil, fatigue, gestes entravés) et/ou des troubles de mémoire, de repères, d’orientation. La parole peut se fragmenter. Et pourtant, l’émotion est là, parfois plus nue, plus immédiate. La photographie peut accueillir une personne même quand les mots manquent ; saisir un lien un rapprochement, une protection, une complicité — sans l’expliquer. Mon geste d’artiste est de créer un cadre où l’on peut être regardé·e sans être évalué·e, et laisser une trace sensible.

Autonomie sensible

Ici, l’autonomie ne signifie pas “faire seul”. Je parle d’autonomie sensible : la capacité de choisir, de consentir, de refuser, d’être reconnu·e comme sujet même par petites touches. Dire oui. Dire non. Dire pas aujourd’hui. Choisir une posture confortable. Choisir une image plutôt qu’une autre. Choisir d’être montré·e, ou de rester hors champ. Même quand la mémoire vacille, ces gestes existent et ils comptent. Le dispositif est pensé pour inclure les personnes en fauteuil, fatigables ou présentant des troubles de mémoire : séances courtes, rythme modulable, possibilité de travailler dans un espace familier. L’écriture et l’audio existent aussi sous forme de fragments (mots choisis, dictée, phrases-capsules, souffle, rire). Et un point structure tout : les résident·es participeront au choix des images exposées et de celles du catalogue. Dans ce projet, l’autonomie sensible n’est pas un thème : c’est une méthode.

Dispositif de création : photo + écriture + audio

Je veux installer un cadre de création simple et stable. Le studio n’est pas un décor : c’est une chambre d’écoute. La lumière y est douce, sculptée, sans violence. Le portrait devient une rencontre parfois un face-à-face, parfois un duo, parfois un silence partagé.

Calendrier de création

Prises de vue : 2 fois par semaineportraits, duos, petits groupes (selon les envies).Séances adaptables et courtes si nécessaire.

Atelier d’écriture : 1 fois par semaine textes-témoignages autour du souvenir :fragments, dictée, mots choisis, récits partagés.

Accompagnement audio (parcours d’écoute)voix en fragments : une phrase, unsouvenir, un rire, une respiration. L’audio ne commente pas : il accompagne.

Éthique : consentement, dignité, co-création

Je travaille avec une règle simple : rien ne vaut une image si elle abîme. Le consentement est libre, éclairé et réversible ; le droit de retrait est possible à tout moment, sans justification. Le droit de regard sur les images et leurs usages est garanti. Aucune injonction à parler, à sourire, à “aller bien”. Je respecte la fatigabilité, les besoins de repères, et la dignité des corps. La sélection des photographies destinées à l’exposition et au catalogue se fera avec les résident·es : co-choisir, c’est reconnaître une place d’auteur·ice.

Restitution : exposition (avril 2027) + catalogue + parcours audio

L’exposition (avril 2027) sera la forme visible du processus : photographies, fragments de textes et points d’écoute audio, dans le lieu de vie, avec une attention à l’accessibilité et au confort. Le catalogue sera pensé comme un objet de transmission, particulièrement destiné aux familles et ami·es : un livre que l’on garde, que l’on ouvre ensemble, que l’on relit. Les images et textes y seront choisis avec les résident·es. Le parcours audio offrira une rencontre plus intime : une voix, un souvenir, une nuance. Selon les possibilités techniques, écoute au casque et/ou accès par QR codes, dans le respect de la discrétion.

Ce que je veux défendre

Je veux défendre une proposition d’artiste : une oeuvre contemporaine, exigeante, au plus près des personnes. Un projet qui fabrique du lien par des actes : des séances, des rencontres, des choix partagés — et qui laisse une trace sensible, où l’on sente qu’une autonomie demeure :une autonomie sensible.